Ionesco de criză

mai 10, 2009

Ionesco_1webUn fragment din piesa de teatru Victimes du Devoir de Eugène Ionesco potrivit timpurilor noastre. Îmi pare rău, dar nu am avut acces decât la varianta în franceză. Sper să vă amuze și pe voi. 

Intérieur petit-bourgeois. Choubert, assis dans un fauteuil près de la table, lit son journal. Sa femme, Madeleine, sur une chaise, devant la table, raccommode des chaussettes. Un silence.

MADELEINE, s’interrompant dans son travail: Quoi de nouveau dans le journal?

CHOUBERT : Il ne se passe jamais rien. Des comètes, un bouleversement cosmique, quelque part dans l’univers. Presque rien. Des contraventions pour les voisins parce que leurs chiens font des saletés sur le trottoir.

MADELEINE : C’est bien fait. C’est bien embêtant quand on marche dessus.

CHOUBERT : Et pour les gens qui habitent le rez-de-chaussée, ils ouvrent leurs fenêtres le matin, ils voient ça, ça les énerve pour toute la journée.

MADELEINE : Ils sont trop sensibles.

CHOUBERT : C’est la nervosité de l’époque. L’homme moderne a perdu sa sérénité d’autrefois. (Silence.) Ah, il y a aussi un communiqué.

MADELEINE : Quel communiqué ?

CHOUBERT : C’est assez intéressant. L’Administration préconise, pour les habitants des grandes villes, le détachement. C’est, nous dit-on, le seul moyen qui nous reste de remédier à la crise économique, au déséquilibre spirituel  et aux embarras de l’existence.

MADELEINE : Tout le reste a déjà été essayé. Ca n’a rien donné. Ce n’est peut-être la faute de personne.

CHOUBERT : Pour l’instant, l’Administration ne fait encore que recommander amicalement cette solution suprême. Ne soyons pas dupes : nous savons parfaitement que la recommandation tourne toujours en commandement.

MADELEINE : Tu the hâtes toujours de généraliser !

CHOUBERT : Nous savons que les suggestions prennent brusquement figure de règlement, de lois sévères.

MADELEINE : Que veux-tu, mon pauvre ami, la loi est nécessaire, étant nécessaire et indispensable, elle est bonne, et tout ce qui est bon est agréable. Il est, en effet, très agréable d’obéir aux lois, d’être un bon citoyen, de faire son devoir, de posséder une conscience pure !…

CHOUBERT : Oui, Madeleine. Dans le fond, c’est toi qui as raison. La loi a du bon.

MADELEINE : Evidemment

CHOUBERT : Oui, oui. Le renoncement a l’avantage important d’être, à la fois, politique et mystique. Il porte ses fruits sur deux plans.

MADELEINE : Cela permet de faire d’une pierre deux coups.

CHOUBERT : C’est là son intérêt.

MADELEINE : Tu vois ?

CHOUBERT : D’ailleurs je me souviens de mes leçons d’histoire, ce système administratif, le détachement-système, a déjà été expérimenté il y a trois siècles, et puis il y a cinq siècles, il y a aussi dix-neuf siècles, et aussi l’année dernière…

MADELEINE : Rien de nouveau sous le soleil !

CHOUBERT : …avec succès, sur des populations entières, dans les métropoles, dans les campagnes (il se lève), sur des nations, des nations comme la nôtre !

MADELEINE : Assieds-toi.

(Choubert se rassoit)  

**the parade appliquant le détachement-système

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